Je marchai jusqu’à l’école, dont j’avais marqué l’adresse sur un bout de papier. Je ne connaissais pas du tout la ville, mais il me suffisait de consulter un plan, je savais me débrouiller. Je m’étais préparée depuis longtemps à devoir improviser, et puis, étant bilingue, je pouvais me diriger dans cette ville comme n’importe quel enfant.
Je lisais toutes les indications que je trouvais, même celle qui ne me servaient pas, grisée par le plaisir d’utiliser enfin mes connaissances. C’était une impression toute nouvelle que de voir en vrai ce que j’avais travaillé durant plusieurs années : l’exprian, la langue que j’avais étudiée à l’école, je ne l’avais jamais vraiment parlée. J’étais bilingue mais à l’écrit seulement, car à la campagne, à part à l’école, il n’y avait aucun moyen de s’entraîner, et je me serais fait incendier à le parler au village.
Je me dirigeai tant bien que mal jusqu’au pensionnat, traînant ma valise à la main et relevant d’un geste de la main mon chapeau qui me tombait sur les yeux. J’observais au passage les habits des gens : c’était vrai, ils n’étaient pas comme les nôtres ; cependant, pas au point d’être grossiers. À vrai dire, ils étaient même trop droits, trop bien taillés, ils manquaient d’imagination. Nous, les bhotusanais, possédions des vêtements plus colorés, plus harmonieux que ces gris et noirs.
J’arrivai devant le bon bâtiment. Posant ma valise devant la porte, j’arrangeai un peu mon allure – comme Maman me l’avait recommandé – en remettant droit mon col de chemise, relevant mon chapeau et en rangeant quelques cheveux. Puis j’ouvris la porte : elle donnait sur une cour pavée. L’établissement se trouvait une vingtaine de mètres plus loin. Il était divisé en trois parties, cernant les nouveaux arrivants d’un gigantesque U ; une pièce plus en avant, rattachée au bâtiment de gauche par un côté, les séparait. Je traversai timidement, en regardant de tous les côtés pour essayer d’apercevoir mes camarades, et arrivai devant la porte. J’y lus l’inscription « Directeur M. Lagadur ».
J’entrai là, avec l’espoir de ne pas me tromper, car je ne savais pas du tout où je devais me présenter. J’arrivai dans une petite pièce, disposée très simplement : une rangée de quatre ou cinq fauteuils devant une unique porte. C’était donc bien là. Soulagée, je m’assis sur l’un des sièges et attendis de voir quelqu’un. Mes parents m’avaient dit d’agir ainsi, et que pour faire bonne impression, il ne fallait pas que je parle sans que l’on m’en ait donné l’autorisation. Comme je ne connaissais strictement rien au code de politesse exprian – très différent du bhotusanais, d’après certaines personnes – je ne pouvais pas faire autrement qu’obéir.
J’attendis une bonne dizaine de minutes, droite comme un piquet, ma valise à mes pieds, mes mains sur mes genoux et mon chapeau posé dessus, commençant de plus en plus à me demander s’il ne fallait pas que je frappe. Au bout d’un moment, la porte d’en face finit par s’ouvrir et une dame bien habillée en sortit. Elle ne m’aperçut pas tout de suite, car elle parlait encore à la personne qui se trouvait dans la pièce, et ce n’est qu’en la refermant et en regardant machinalement dans la pièce qu’elle m’aperçut.
− Bonjour ! lançai-je maladroitement.
Je crus pendant un instant que je m’étais trompée de mot et qu’elle ne m’avait pas comprise. Elle eut un certain temps de réaction, apparemment un peu surprise.
− Que faites-vous ici ? demanda-t-elle pour tout réponse.
Elle ne souriait pas. Elle me regardait avec des yeux marron sévères, et son petit chignon de cheveux blonds m’intimida à tel point que je ne sus que répondre. Son regard dériva sur ma valise, et soudain, tout sembla s’éclairer.
− Vous êtes une nouvelle élève ? s’exclama-t-elle. Que faites-vous ici, toute seule ? Où sont vos parents ?
Cette dernière question me surprit. La gorge nouée par l’angoisse, j’eus de la peine à répondre. Il semblait apparemment habituel, chez eux, que les parents accompagnent les enfants. Elle n’allait pas comprendre que les enfants bhotusanais, chez nous, à partir d’un certain âge, se débrouillaient seuls.
− Ils sont… heu… à la maison… Enfin, aux champs…
− Aux champs ? répéta la dame.
Ce dernier mot sonna sèchement dans l’air. D’ailleurs, tout était sec chez elle : ses vêtements, son allure, sa parole. Elle parlait son exprian avec un accent qui m’était fort désagréable, très différent de celui que j’avais pu entendre à l’école.
− Oui, c’est la saison des moissons… dis-je d’une voix étranglée.
Je tripotais le bord de mon chapeau, les mains moites et les tripes nouées. Je sentais que je rougissais ; évoquer mes parents paysans me paraissait très décalé devant une expriane bien habillée. Elle me regarda sans trop comprendre, puis, finalement, me fit entrer dans la pièce. Je m’avançai, tête baissée, vers un bureau en bois où était assis un homme, sans doute le directeur du pensionnat.
− La petite est venue sans ses parents, apparemment, entendis-je dire la femme.
− Je vous remercie, Mme Hirgarof.
Celle-ci sortit de la pièce et referma la porte derrière elle. Je relevai timidement la tête.
− Bonjour, asseyez-vous, dit M. Lagadur, avec la même intonation sèche que Mme Hirgarof.
Je m’exécutai en répondant timidement.
− Je suis M. Lagadur, le directeur. Tes parents ont dû te parler de moi.
Je n’avais que vaguement lu son nom sur les papiers, et encore, je m’en souvenais plus trop, mais acquiesçai quand même. Il fouilla dans ses affaires et en ressortit un dossier, qu’il posa sur son bureau, avant de jeter un coup d’œil à mon accoutrement.
− Vous n’avez pas acheté l’uniforme ? demanda-t-il en réprimant un haussement de sourcil.
Ah oui, je me rappelai ! J’avais failli oublier ! Les mains tremblantes, j’ouvris la poche extérieure de ma valise et en ressortis des billets. Sans dire un mot, je les posai sur le bureau.
− Bien, je vois.
Il pivota sur sa chaise pour ouvrir une armoire, située derrière lui, une énorme armoire qui couvrait presque tout le mur, laissant juste de la place pour une fenêtre. J’y aperçus plusieurs cartons, l’un rempli de vêtements bleus et blancs, l’autre de chaussures noires. On nous donnait aussi des chaussures ? Je jetai un œil sur les deux vieilles sandales que l’on m’avait données pour l’occasion ; oui, cela valait mieux.
− Qu’elle taille faites-vous ? demanda-t-il.
− Cent cinquante centimètres, monsieur. Pointure trente-sept.
Ce n’était que de l’à peu près, on n’avait pas les moyens de se mesurer précisément à la ferme, mais je m’accommoderais facilement. M. Lagadur sortit un uniforme blanc et bleu, et me le tendit. Je le posai sur ma valise.
− S’il ne convient pas, vous pourrez toujours venir l’échanger. Vous savez où se situe mon bureau.
Je hochai la tête.
− Bien, fit-il en ouvrant le dossier qu’il avait posé sur son bureau. Mlle Tahxiua, n’est-ce pas ? Vous êtes dans la division première C. Derrière ce bâtiment, il y a la cour de récréation. Demain, à huit heures et demie, vous irez vous ranger là-bas, pour la réunion de rentrée. Il vous sera communiqué le règlement, l’emploi du temps et le fonctionnement de l’école. Pour les chambres, vous serez dans la 264, deuxième étage, avec Maïder Bunovolf.
− D’accord, dis-je.
− On vous appelle pour les repas et quelqu’un passe dans les couloirs vous réveiller le matin. À cette condition, vous ne devrez pas être en retard, compris ?
Je hochai une nouvelle fois la tête.
− À dix-huit heures, vous vous rangerez dans la cour, devant, par où vous êtes entrée. Mme Hirgarof viendra faire visiter l’établissement à votre section.
− D’accord.
M. Lagadur regarda sa montre.
− Êtes-vous sûre que vos parents ne viennent pas ?
Cette question me surprit. Non, ils ne venaient pas, ils étaient restés à la ferme, avec mes frères et sœurs. Comment pouvait-il douter à ce point de ma parole ? Il n’avait pas lu la lettre ? Mon exprian n’était pas assez bon pour qu’il ait pris en compte ce qu’on lui disait ? Je secouai la tête.
− Bien. J’apprécie de discuter quelques minutes avec les parents lors de la rentrée, mais bon.
Il se leva de son bureau.
− Vous pouvez aller dans votre chambre maintenant, dit-il. Vous avez très exactement cinquante minutes pour commencer à ranger vos affaires.
Je me levai, ramassai tout mon bazar, et après poliment salué M. Lagadur, sortis de la pièce. Je débouchai dans la cour avec pour objectif de me rendre dans ma chambre, mais je me rendis compte que sur les trois bâtiments qui constituaient l’école, je ne savais pas quel était celui des chambres. Je contournai le bureau du directeur, et là, à mon grand bonheur, aperçus le hall dans lequel de nombreuses personnes chargées de bagages circulaient. Quelques secondes plus tard, j’y entrai moi aussi.
J’essayai tout d’abord de repérer un éventuel petit signe ou une indication sur les murs qui m’indique vers quel escalier me diriger. Puis je me souvins du numéro de ma chambre : 264, deuxième étage. Je me frayai un chemin à travers la foule d’élèves, de parents et de valises pour accéder aux couloirs. Il y avait beaucoup de monde, et j’eus du mal à m’y retrouver. Mes oreilles bourdonnaient à cause de tout le bruit, et puis je devais à chaque fois me hisser sur la pointe des pieds pour regarder où j’allais.
En prenant un couloir situé du côté gauche, j’arrivai dans l’aile réservée aux chambres des pensionnaires. Au premier étage, les garçons et au deuxième étage, les filles. Je grimpai avec peine les escaliers, et débarquai dans un autre couloir : un véritable barrage humain ; il me fallut jouer des coudes pour arriver à la chambre 264.
Mme Hirgarof avait finalement raison d’être étonnée : pas un élève ne se promenait sans ses parents. Moi aussi, en fait, j’aurais aimé avoir les miens avec moi, mais ils ne pouvaient pas. À cause de la moisson ; et de la distance, sans doute. Mais moi, cela ne m’étonnait pas vraiment, c’était normal et j’aurais eu honte à côté de Filiz et Ivona qui prenaient le train et le bateau seuls depuis l’âge de onze ans.
Et ça parlait, et ça criait. Une forêt de jambes. Je m’empressai de trouver ma chambre. Arrivée devant le bon numéro, je l’ouvris et la refermai précipitamment derrière moi. Je baissai la tête sur ma valise : mon chapeau et mon uniforme se trouvaient toujours là, sur ma valise, je ne les avais pas perdus en cours de route.
En levant la tête, je me rendis compte que je n’étais pas seule. Une petite fille, qui devait être Maïder Bunovolf, et ses deux parents, me regardaient, un peu étonnés par mon entrée.
− Bonjour ! lançai-je.
Un sourire naquit sur le visage de Maïder. Comme elle m’avait l’air sympathique, je l’observai mieux : elle était un peu petite, le visage rond, les cheveux marron coupés au niveau des épaules avec une frange qui ombrait ses yeux. Elle me parut un peu timide.
Ses parents lui ressemblaient assez : la mère, petite et ronde, les cheveux bouclés, marron, souriante, me regardait sous un regard réservé, et le père, assez grand, massif, qui laissait une impression de domination, avec de fines lunettes en acier et des cheveux coupés à ras du crâne, m’observait en me surplombant d’au moins cinq têtes. Tous deux étaient vêtus de grands manteaux de couleurs foncées, et je devinai qu’ils appartenaient à une famille aisée, car des vêtements de cette sorte et des lunettes, nous n’en voyions pas beaucoup dans les familles de la classe moyenne.
− Bonjour, répondirent-ils. Tu es la nouvelle camarade de chambre ? demanda Mme Bunovolf avec un gentil sourire poli.
− Oui. Je m’appelle Norig Tahxiua…
J’allais rajouter que je venais du Bhotusan, mais être bhotusanais semblait tellement malvenu – il n’y avait qu’à voir comment les gens regardaient mon chapeau – que je décidai de ne rien dire.
− Vous êtes les Bunovolf ? demandai-je pour me rattraper.
− Oui, tout à fait, répondit le père en souriant.
Une fois ces petites présentations faites, je déballai ma valise. Je la posai sur mon lit, l’ouvris, et sortis un à un mes vêtements. Par peur de ne pas avoir assez d’argent pour l’uniforme, comme une idiote, j’avais emporté tout ce que je possédais. Tant pis, ils me serviraient de souvenirs de la maison. Je déposai à côté toutes mes affaires de classe. Avec la bourse que j’avais obtenue et qui servait aussi à payer le pensionnat, on m’avait acheté de beaux cahiers tout neufs, ainsi qu’un porte-plume et des crayons aux quatre couleurs, le tout dans un sac bhotusanais en tissu bleu marine décoré de spirales rouges, jaunes et bleus.
Les parents de Maïder quittèrent la chambre. Une fois la porte refermée, je lançai un petit sourire à ma colocataire, assise sur son lit, qui contemplait la chambre. Elle me le rendit, puis se leva pour remettre à leur place quelques affaires qui dépassaient de l’étagère. À part cela, elle n’avait quasiment plus rien à faire, ses parents avaient tout rangé pour elle. Je ne pus m’empêcher de lâcher un petit soupir.
− Dans un quart d’heure, on doit aller dans la cour. Tu viens avec moi ? demanda alors Maïder.
Je relevai la tête : elle avait le même accent que Mme Hirgarof et M. Lagadur.
− D’accord, répondis-je.
− Tu devras mettre ton uniforme.
Je regardai les habits bleus et blancs à côté de moi. J’avais complètement oublié ; pourtant, c’était difficile avec tous ces bleus et ces blancs que je venais de traverser. Je m’en emparai puis demandai :
− Où puis-je me changer ?
Maïder me considéra d’un air amusé, que je ne sus interpréter, puis m’indiqua une pièce dans le fond de la chambre. Je m’y rendis, affaire en main : c’était une salle de bain. Pour moi qui avais l’habitude de me laver au fond du jardin, une salle de bain dans la chambre même était un luxe auquel je ne me serais jamais attendue.
Je fermai la porte derrière moi. Au fond, il y avait une douche, un lavabo, et à droite, des toilettes et un miroir, le tout brillant de propreté. J’avais déjà entendu dire que les exprians avaient tout le confort, avec l’électricité et l’eau courante, mais j’étais quand même surprise, c’était bien naturel. Nous, les bhotusanais, nous nous éclairions à la bougie et l’eau allait se chercher à la source ou dans un puits au fond du jardin ; seuls les plus riches étaient aussi équipés, alors qu’en Expriame, c’était la chose la plus normale qui soit. Mais c’était bien connu, les bhotusanais étaient considérés comme des arriérés. Filiz, mon grand frère, s’insurgeait beaucoup contre cela : à chaque fois qu’il y avait eu quelque chose de nouveau, les exprians en avaient profité, mais jamais on n’avait proposé au Bhotusan : nous n’étions pas une région très riche et on nous enfonçait encore plus. Et moi, à cause de cela, je me retrouvais comme une idiote, béate devant un pommeau de douche.
Je posai l’uniforme sur le bord du lavabo, puis enlevai ma veste, ma chemise et mon pantalon pour me retrouver en sous-vêtements. Je dépliai ce qui me semblait être le haut et l’enfilai. Il s’agissait d’un tissu bleu un peu élastique, un peu la matière des collants des riches, avec par-dessus une sorte de pull blanc en laine. Il était un peu court, sauf les manches, exactement de la bonne longueur. Ensuite, j’enfilai le bas : un collant bleu de la même matière que le bleu du haut et une sorte de pantalon blanc lui aussi en laine qui s’arrêtait aux genoux. Je me retrouvai ensuite avec une sorte de drap. Il était aussi bleu que le collant, mais d’un tissu tout léger, qui se chiffonnait et se pliait facilement, léger et fluide au toucher. Comme j’ignorais totalement sa fonction et que je ne me rappelais plus comment je l’avais vu sur Maïder, j’improvisai : je le nouai autour de ma taille avec un nœud et les deux bouts qui pendaient derrière. Je me chaussai ensuite avec des souliers noirs cirés neufs qui se fermaient avec une boucle dorée. Ils étaient un peu trop grands, mais je me dis que je ferais des économies, car mes pieds allaient sûrement grandir dans l’année.
Je sortis de la salle de bain. Maïder m’attendait, assise sur son lit. Dès qu’elle me vit, j’eus droit à un regard surpris.
− Ce n’est pas comme ça qu’on met le chiffon, dit-elle.
− Le chiffon ? répétai-je.
− Il s’appelle comme ça, répondit-elle en montrant le drap bleu autour de ma taille.
Je l’enlevai.
− Comment fait-on, dans ce cas ?
− Tu l’enroules en le plaquant bien sur ton vêtement.
Je fis plusieurs tours autour de ma taille avec le « chiffon », jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que les deux bouts. Je compris, et attachai les deux bouts ensemble.
− Et tu fais passer le nœud derrière.
Je déplaçai le chiffon avec une infinie précaution, puis contemplai ma tenue : Maïder avait raison, c’était beaucoup mieux ainsi. C’était même presque élégant.
− Oh, le quart d’heure est passé ! s’exclama Maïder. Viens, on va être en retard !
Elle sortit en courant dans le couloir et, un peu pataude dans ces nouveaux vêtements, je la suivis. Nous empruntâmes les mêmes escaliers que j’avais utilisés pour monter, puis arrivâmes dans le hall, pour ensuite sortir dans la cour. J’aperçus un petit groupe d’élèves en bleu et blanc, devant une adulte, Mme Hirgarof, qui les comptait.
− Il en manque deux, disait-elle quand nous arrivâmes.
Elle se retourna puis nous vit.
− Bien, approchez. Nous sommes au complet.
Puis me vit.
− Encore à traîner dans les couloirs ! s’exclama-t-elle en me regardant. Allez vous ranger ! Que ça ne se reproduise plus !
Estomaquée, je rejoignis les autres élèves. Décidemment, mon instinct ne me trompait jamais : Mme Hirgarof était vraiment sévère ! Je me tournai vers Maïder, pour voir si elle pensait la même chose que moi. Elle faisait une tête de six pieds de long et regardait le sol en rougissant.
Tous les élèves nous regardaient. Un peu honteuse sans savoir exactement pourquoi, je baissai moi aussi les yeux sur mes chaussures.
− Bien, nous allons faire l’appel. Andzia Asnodelf ?
− Présente ! répondit une voix.
C’était une fille grande à l’allure sportive et à la peau noire.
− Maïder Bunovolf ?
− Présente ! répondit ma colocataire.
− Lukena Cumko ?
Une fille mince à l’épaisse chevelure blonde répondit.
Ainsi de suite jusqu’à moi. Tous ces noms de famille en –o et en –f me déconcertaient. Il n’y avait qu’un certain Eozen Fanlmat et moi pour avoir un nom autrement qu’en « of » ou « ef » ou « og ».
− Norig Tahxiua ?
− Présente ! répondis-je.
Mme Hirgarof releva les yeux de sa fiche d’appel et eut un singulier sourire. Quelques élèves ricanèrent. Je ne comprenais rien à ce qui se passait.
− Pardon, j’ai levé la main car je m’appelle Norig Tahxiua, dis-je pour régler un éventuel malentendu.
Mme Hirgarof m’ignora, toujours en souriant. Maïder me tapa sur l’épaule.
− C’est à cause de ta façon de parler, souffla-t-elle.
− Ma façon de parler ? répétai-je.
Il me semblait que c’était eux qui parlaient étrangement. Puis, à bien réfléchir, je me rendis compte que ce que je trouvais étrange dans leur intonation était tout simplement la langue expriane.